Textes divers

Quelques textes avec l'aimable autorisation des auteurs...

"Tout comme on parle d'une profondeur de champ, il existe une profondeur de l'existence – la présence." Eric Rommeluère

Petit Manuel A l'Usage Des Aspirants Qui Désirent Apprendre La Méditation Zen

Eric Rommeluère nous invite à rentrer dans le zendo, puis guide nos pas dans la méditation. Ce texte est à lire avant une première initiation. Il est à relire régulièrement pour les autres pratiquants. Un court extrait ci-dessous, l'ensemble du document est téléchargeable depuis le lien.

Voilà, vous avez décidé de sauter le pas. Vous voulez faire de la méditation zen !... Alors vous pouvez entrer…Et puis vous vous asseyez face au mur…Et l'esprit ?... C'est tout ?… Plus d'une heure s'est passée… Et vous, avez-vous changé ?


Petit Manuel A l'Usage Des Aspirants 

Le Sutra du Coeur

La version de Xuanzang est ici traduite par Eric Rommeluère.

Ce texte, très court, qui se présente comme le "coeur" des sutra bouddhistes indiens de la Perfection de Sagesse est devenu en Chine, puis au Japon, une sorte de credo aux vertus magiques. Au nom de la vacuité, il met à mal les anciennes doctrines des quatre nobles vérités et de coproduction conditionnée...


Hannya Shingyo

Extrait n°63 du Tripitaka Chinois

Autrefois le Bodhisattva était un roi-colombe ; avec ses cinq cents compagnons, il voltigeait dans le parc du roi en recherchant sa nourriture. Le roi les aperçut et ordonna aux gardiens de ses troupeaux de disposer un filet pour les prendre ; de toutes ces colombes, grandes et petites, il n'en resta pas une (en liberté) ; on les enferma dans une cage et on les nourrit avec du grain non glutineux ; quand leur chair était devenue grasse, le chef des cuisines s'en servait pour préparer un plat. Quand le roi-colombe se vit pris, il pensa de tout son cœur au Bouddha, se repentit de ses fautes et conçut de la bienveillance en souhaitant que tous les êtres vivants qui seraient pris pussent s'échapper, se mettre promptement à l'abri des huit conditions difficiles(1)  et n'être pas dans la situation où il se trouvait lui-même. Il dit aux autres colombes : « Parmi les défenses que portent les livres bouddhiques, l'avidité est la première des choses interdites ; celui qui par son avidité fait venir à lui la gloire est comme l'homme affamé qui trouve une boisson empoisonnée ; la joie de la réussite n'a pas pour lui plus de durée qu'un éclair, tandis que les tourments qui l'accableront dureront des centaines de milliers d'années. Si vous renoncez à manger, vous pourrez avoir la vie sauve. » Toutes les autres colombes lui répondirent : « Nous avons été prises et mises dans une cage ; quelle espérance voudriez-vous que nous ayons ? » Le roi leur dit : « Puisque vous transgressez les enseignements du Bouddha et que vous vous laissez aller à vos désirs avides, vous perdrez la vie toutes sans exception. » Quant à lui, il cessa de manger ; son corps décharné devint chaque jour plus maigre et il put enfin sortir à travers les barreaux. Se retournant alors, il dit à celles qui restaient : « Bannissez l'avidité, renoncez à manger et faites comme
moi. » Après avoir ainsi parlé, il s'envola.

Le Bouddha dit aux bhiksus : « Le roi-colombe c'était moi-même.»

Telle est la manière dont la pâramitâ de volonté ardente du Bodhisattva est énergique.


(1) Les huit conditions difficiles qui menacent un être dans le monde sont les suivantes :
I - Les trois voies mauvaises :
1. Etre dans les enfers
2. Etre dans la condition d'animal
3. Etre dans la condition de démon affamé

II -  Dans la condition humaine :
4. Etre aveugle, sourd ou muet
5. Avoir la sagesse, l'éloquence et l'intelligence mondaines
6. Vivre avant ou après le Bouddha
7. Etre dans le continent Uttarakuru

III -  Dans la condition de deva :
8. Etre dans la catégorie des devas qui sont parvenus à la pensée non différenciée. Les devas dîrghayus parviennent jusqu'au quatrième dhyàna dans le rùpaloka, c'est-à-dire jusqu'au moment où la pensée n'est plus différenciée ; mais ils s'arrêtent là ; ils ne voient pas le Bouddha et n'entendent pas la Loi ; c'est pourquoi on dit qu'ils sont dans une condition difficile.



Renaître

Ce texte est extrait de l'ouvrage d'Eric Rommeluère, "Se soucier du monde", publié aux éditions Almora.

[Les traditions bouddhistes décrivent notre condition d'être sentant et vivant sous la forme du samsâra, le cycle de la vie et de la mort. La foule des êtres renaît sous différentes formes, six en tout : les êtres infernaux, les esprits affamés, les animaux, les êtres humains, les titans et les dieux (les pretas, les esprits affamés, sont des sortes de gnomes difformes au long cou qui ne peuvent jamais assouvir leur faim ; les asuras sont des titans belliqueux parfois confondus avec les dieux). À chaque forme correspond un domaine de renaissance, depuis les enfers jusqu'aux cieux. Entraînés par des inclinations et des pensées communes, les êtres s'assemblent dans ces différents espaces. Les habitants des enfers sont enclins aux manipulations et aux manœuvres ; les esprits affamés sont avides de renommée et de profit ; par instinct, les animaux recherchent la protection de leur groupe ; par hygiène ou par stratégie, les êtres humains s'abstiennent, quant à eux, de créer de la souffrance pour ne pas souffrir eux-mêmes ; les titans ont l'esprit jaloux, ils sont ombrageux et belliqueux ; dans leurs domaines célestes, les dieux poursuivent, eux, les plaisirs et les délices. Dans cette typologie ordonnée, les textes détachent parfois le caractère tout particulier de Mâra (« la Mort »), un dieu hanté par le délire de toute-puissance.

Chaque forme est un tempérament. Mais quel que soit le domaine de renaissance, les agissements, les comportements et les pensées sont ordonnés par un même désir : la soif d'appropriation (trsnâ). Tous, autant qu'ils sont, ressentent une instabilité et une insécurité dans le flot de la vie. Ils sont, non seulement promis à une
mort future, mais ils savent que leur existence peut à tout moment déchoir dans la souffrance, l'insignifiance et l'absurdité. Un sentiment diffus d'insécurité et de manque ordonne leur vie, le plus souvent inaperçu. Ils construisent une histoire en poursuivant une foule de biens matériels ou symboliques comme la renommée, la reconnaissance, la protection, le pouvoir ou le plaisir pour juguler l'angoisse existentielle créée par ce sentiment d'insécurité et de manque qui sans cesse doit refluer dans les profondeurs de l'âme pour être supportable. Les désirs du quotidien sont eux-mêmes marqués au sceau de cette angoisse. S'ils sont comblés, les êtres éprouvent de la jouissance et de la satisfaction (l'angoisse est provisoirement levée) ; s'ils ne le sont pas, de la frustration et de l'insatisfaction. Tel est le samsâra, le cercle de la vie et de la mort où chacun s'efforce longuement d'assujettir un objet puis encore un autre pour se donner l'espoir que l'existence soit autre chose qu'un mirage. Pour le Bouddha, l'entreprise est nécessairement vouée à l'échec et les méthodes qu'il propose visent à rompre cette intentionnalité du moi défaillant. L'angoisse ne peut se défaire qu'en reconnaissant, en acceptant et en assumant pleinement la fragilité de l'être, sa vacuité (shûnyatâ). Rien ne manque puisqu'il n'y a rien à combler. De cette reconnaissance, une autre fécondité de l'existence peut se déployer. Dans les enseignements du Bouddha, l'éveil est le nom donné à une telle conversion.]



Sesshin rue des Lotus

Cette année, la retraite d'été a duré sept jours et s'est déroulée en Vendée, dans une ferme réhabilitée située rue des Lotus. Rien de plus auspicieux pour notre rencontre de pratique silencieuse. Un étang bordait la propriété sur sa longueur. Nous nous promenions lentement autour, profitant du calme et de l'hospitalité de ces lieux si apaisants. 

Pendant une retraite, ou sesshin en japonais, on respecte le silence, et plus particulièrement pendant les méditations assises et marchées. Le silence est également requis pendant les samu, les périodes de travaux collectifs et lors des repas. Il nous invite à être attentif aux autres comme à nous-mêmes, aux choses comme à la nature. Le silence n'est pas un repli sur soi mais plutôt la disposition d'esprit pour écouter le monde. La retraite est un moment de recueillement individuel et collectif, un espace où les rencontres avec soi et les autres se font loin des conditionnements et réflexes habituels.

Une sesshin est aussi un moment d'enseignement. En complément des gestes de tous les jours empreints de silence et de présence, Jiun Eric Rommeluère avait choisi de nous enseigner trois dispositions de corps et d'esprit qui sont pour lui l'essence même du Dharma : Juzenkai ou le discernement, Men mitsu ou la délicatesse, Nyohô ou l'humilité.

Juzenkai, les dix préceptes de bien : c'est par cette cérémonie que nous entrons dans la voie du bodhisattva. Ces dix préceptes sont des grilles de lecture nous permettant de réfléchir à nos actions afin qu'elles soient justes. Jiun a commenté longuement les préceptes en nous invitant à réfléchir non sur l'interdiction qu'annonce le précepte, mais plutôt sur la proposition inverse. Pour exemple, concernant le sixième précepte nous invitant à "ne pas tenir de propos blessants", Eric nous a proposé de prononcer des paroles douces et bienveillantes comme antidote aux propos offensants. À chaque instant, les dix préceptes nous aident dans notre discernement.

Men mitsu, la minutie : l'enseignement portait sur cette proposition à ralentir, à rentrer dans une relation douce et subtile avec le monde, avec les êtres, avec les choses. Être délicat et silencieux par respect, pour mieux considérer le monde, dans le moindre détail. Men mitsu revêt plusieurs sens en japonais, ce terme signifie également précision, ponctualité, ou encore exactitude. Men mitsu nous invite à effectuer le geste juste qui apparaît comme une manifestation de délicatesse.

Nyohô, la conformité au Dharma : cette dernière disposition englobe tout et se place au-delà des jugements et des représentations, il est donc difficile d'en décrire une conformité. Pour autant, cinq slogans peuvent résumer Nyohô :
  • S'en tenir à l'ordinaire, ne vivre que l'extraordinaire dans la pratique quotidienne. Plonger dans le sacré en effectuant les gestes essentiels : se vêtir, manger, dormir.
  • Pratiquer la pauvreté, se défaire de tout ce qui nous couvre, nous protège, y compris les titres et les honneurs. Abandonner toute stratégie et mettre son coeur à nu.
  • Ne plus transiger mais recevoir, faire zazen sans résistance, passer du conditionnel à l'inconditionnel. Ne plus négocier.
  • Considérer que l'éveil ne dépend pas de notre expérience, le moi n'est plus le point de référence ultime. Accepter que le moi soit là tout simplement.
  • Veiller à ce que notre pratique ne soit pas sectaire, il n'y a rien à défendre, ni notre pratique, ni les pratiquants, ni même le Dharma
Nyohô nous convie à pratiquer avec une grande humilité.

La retraite s'est clôturée par une cérémonie de prise des préceptes, l'un d'entre nous s'est engagé sur la Voie des êtres d'Eveil. Un nouveau bodhisattva a surgi de terre.

Paris, le 4 septembre 2016, Joshu Jocelyn Mayaud



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